| 21 décembre 2016

La suppression des subventions aux DRC, un très mauvais signal pour les acteurs pro-vélo

L’affaire a fait grand bruit dans le petit monde des acteurs du vélo : Ségolène Royal aurait perdu les pédales… Le 8 décembre, cinq associations pro-vélo adressaient une lettre solennelle au ministère de l’Environnement pour non-versement des habituelles subventions de l’Etat sans lesquelles tous leurs projets et l’équilibre même de leurs structures se trouvent compromis. Le montant total s’élève à 230 000 euros, une somme dérisoire pour le Ministère, dont le désintérêt manifeste pour la promotion du vélo se rappelle à notre bon souvenir au moment où l’on célèbre le premier anniversaire de la COP21 et en plein pic de pollution. Après le relai du communiqué sur les réseaux sociaux et les sites des associations d’usagers, d’autres communiqués renvoyés par des ONG et des personnalités politiques sensibles à la question, la Fédération française des Usagers de la Bicyclette (FUB) et l’association L’heureux cyclage ont été rassurées sur leur sort. Le réseau associatif et militant aurait pu s’en réjouir si les autres assos n’avaient pas été purement et simplement condamnées à ne rien recevoir, et ce sans aucun avertissement : c’est le cas de l’Association française pour le développement des véloroutes et des voies vertes (AF3V), de l’association des Départements & Régions cyclables (DRC) et de France Vélo Tourisme (FVT).

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Le sort des DRC, qui risque de voir définitivement partir une subvention pluriannuelle de 69 000 euros, nous émeut tout particulièrement en laissant un goût amer. Si les DRC existent depuis bien plus longtemps que Vélogik, les deux sont nés dans la même ville et sont voisins d’arrondissement depuis deux ans. Nos salariés et ceux des DRC (au nombre de 5) sont des passionnés qui se rencontrent régulièrement pour échanger sur le vélo (étonnant, non ?) à l’heure du repas, et certains se connaissent depuis des années. Nous savons tous très bien que rien ne pourra être poursuivi sans un minimum de synergie entre associations, entreprises et collectivité, à la fois dans les messages que nous contribuons, bon gré mal gré, à envoyer collectivement mais aussi dans des projets touchant aussi bien le vélo utilitaire, la vélogistique urbaine que le cyclotourisme. De Velo-city Nantes au salon Pollutec en passant par les journées d’études des DRC, nous sommes d’ailleurs fréquemment impliqués dans des démarches plurielles aux côtés d’associations, de fabricants, de bureaux d’études ou des collectivités. Répétons-le : notre expertise s’enrichit aussi de la rencontre et de la coordination avec tous ceux qui croient au vélo comme l’une des principales solutions aux problèmes de mobilité actuels.

Les DRC jouent un rôle primordial bien que méconnu. Ils soutiennent le travail des collectivités et de l’Etat en ce qui concerne les itinéraires dédiés au vélo, et ont historiquement contribué à l’inscription du vélo dans des documents de programmation et de financement tels que les contrats de plan État-région). L’association a mis en place le suivi du schéma national des véloroutes et voies vertes (VVV), véritable outil d’aide à la décision, ainsi que première plateforme nationale des fréquentations des VVV, comptabilisant le succès impressionnant, année après année, de nombre de ces infrastructures. La présidente Chrystelle Beurrier (élue du Conseil départemental de Haute-Savoie) a souligné suite à cette affaire la faiblesse de l’État, qui pour le prix de 60 km d’autoroutes pourrait achever en peu de temps les 8000 km d’aménagements encore manquant dans le schéma national. Trop simple et pas assez cher pour un Ministère accaparé par les bonus à octroyer à l’achat de véhicules électriques, sans doute.

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A court terme, l’arrêt en douce et non sans bavures de ce financement se traduit pour les DRC par un arrêt de ses missions de service public sur le suivi du schéma national. La baisse des moyens alloués touchera aussi la mission relative au centre national de coordination pour Eurovélo (les itinéraires de longue distance à travers l’Europe) et marquera la fin des mesures de fréquentation des VVV sur la plateforme nationale. A moyen terme, cela signifie la disparition de la mission nationale véloroutes et voies vertes portée par les DRC, qui avait elle-même pris la suite de la mission supprimée… au sein du Ministère de l’environnement en 2005. Il n’y aura pas non plus d’actualisation du schéma national véloroutes et voies vertes en 2017 – 2018 mais il y aura en revanche, si aucun palliatif n’est trouvé, des licenciements à la clé. Plus grave en définitive est la fin de la vision nationale, de la démarche cohérente et concertée sur les VVV que les DRC permettaient à travers les compétences que l’association développe.

L’équipe de France Vélo Tourisme, qui valorise l’usage touristique de ces itinéraires depuis Nantes, craint quant à elle de ne plus pouvoir répondre correctement à la promotion du tourisme à vélo et des destinations cyclables que les collectivités cherchent justement à mettre en valeur. Au détriment, là encore, de l’efficacité et de la priorisation de l’action publique. Des mesures de rattrapage sont possibles en 2017 et les associations concernées les évoqueront sans relâche ces prochains mois. Reste qu’en cette fin d’année, sous le prétexte de la nécessaire décrue des financements publics, le gouvernement, en tapant sur un milieu fragile mais indispensable, envoie un signal désastreux à tous ceux qui travaillent à défendre l’utilité du vélo au quotidien. Et ce au-delà même du cercle associatif. Après les atermoiements autour de l’Indemnité kilométrique vélo et de la défiscalisation de l’achat de vélos par les entreprises, après les annonces de soutien aux véhicules électriques qui oublient manifestement les très performants vélos électriques de toutes sortes, voici une preuve supplémentaire – s’il en fallait – du manque de la part de ce gouvernement non seulement d’un cap stratégique, mais surtout de la quelconque ambition en faveur du vélo. Un dédain réducteur, irresponsable et alarmant qui ne risque pas de boucher le fossé que la France entretient avec ses voisins du nord de l’Europe.

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